Hergé, Giraud, Gotlib… Bilan des enchères BD de 2025

L’année 2025 a été riche, une fois de plus, en ventes aux enchères consacrées à la bande dessinée et à certains de ses auteurs emblématiques. Albums rares ou insolites, originaux aux scores records et autres surprises, nous avons parcouru pour vous les catalogues et les résultats de ces douze derniers mois.

Commençons par la vente Artcurial exclusivement consacrée à L’Univers d’Enki Bilal, qui s’est déroulée le 9 avril à Paris. Sur dix-sept pièces proposées (des dessins au crayon gras et au pastel, issus de divers albums), dix ont trouvé preneurs. Les fourchettes d’estimation n’ont pas été dépassées, si ce n’est celle d’une case du tome 2 de Coup de sang (17 712 euros).

Une autre vente Artcurial, généraliste cette fois, a aligné quelques exploits le 19 novembre. Une planche de Salammbô de Druillet (1986) s’est vendue à 19 198 euros. Une planche-annonce de Mœbius pour Le Bandard fou s’est envolée à 22 508 euros. Et un original de Walthéry (Natacha) pour une couverture du journal Spirou (1973) a atteint la même somme ! Notons que le manga, à travers Goldorak et Dragon Ball, a fait de bonnes percées. Côté albums, on retient un exemplaire du tirage de luxe hors commerce de Coke en stock (d’Hergé), parti pour 31 776 euros.

Le 15 juin, AZ Auction (ex-Millon Belgique) a fêté en grande pompe ses 20 ans de ventes Banque dessinée, avec pléthore d’albums en très bel état, voire neuf. Quelques éditions originales : les deux tomes du Mystère de la Grande Pyramide (4 200 euros chacun), Le Roi des Sept Mers (une aventure de Barbe-Rouge, 1 600 euros), Tintin au pays des soviets (17 000 euros), ou encore Le Serment des Vikings (2 400 euros ; le succès fut général pour Johan et Pirlouit)… Sans pour autant dépasser leurs estimations, un album de Bob et Bobette en flamand (1947) s’est envolé à 11 000 euros, et le tome 0 de Gaston (1960) a été adjugé pour 9 500 euros. Plusieurs beaux dessins originaux étaient également proposés aux amateurs fortunés. On se contentera d’en mentionner deux (pas les records de cette vente) : un exemplaire du Sceptre d’Ottokar dédicacé par Hergé au fils d’un ami avec, une fois n’est pas coutume, la tête du professeur Halambique (7 000 euros) ; et un dessin collectif réalisé en 1975 pour une vente caritative au profit d’un établissement pour élèves handicapés. S’y côtoient les signatures, excusez du peu, de Franquin, Morris, Peyo, Roba, Tibet et Graton ! Cette pièce exceptionnelle est partie pour 11 000 euros.

On laissera de côté la Banque dessinée du 28 septembre, qui a fait moins d’étincelles, pour nous intéresser à celle du 30 novembre. Outre Hergé et Tintin qui s’y sont bien défendus, deux raretés de Franquin se sont fait remarquer : un tirage de tête numéroté de Lagaffe mérite des baffes dans une pochette en jean (1979) s’est vendu pour 650 euros ; et un album publicitaire de 1977, La Fantastica Fiat 509 di Gaston, s’est arraché pour 1 200 euros. Une curiosité : un ensemble de trois brevets militaires de 1949, illustrés par Uderzo, a été adjugé à 750 euros. Et enfin, une surprise : la couverture originale de Prudence Petitpas mène l’enquête de Maréchal (1962) a grimpé jusqu’à 14 000 euros !

À Liège, BD Enchères a proposé le 22 février une vente spéciale Hergé (sur laquelle nous ne reviendrons pas), et surtout le 18 mai une vente toutes bandes dessinées dont la vedette fut… Hergé. La planche originale 40 des Bijoux de la Castafiore y a plus que triplé son estimation, atteignant les 460 000 euros (nous lui avons consacré un article il y a quelques semaines, ici). Une lithographie de la planche à l’italienne inédite d’Objectif Lune, qu’Hergé avait dédicacée à sa coloriste France Ferrari et au mari de celle-ci, s’est vendue 3 200 euros. Un exemplaire du tirage de tête du « scandaleux » Spirou et la Gorgone bleue de Yann et Dany, avec un dessin original de ce dernier, s’est aussi démarqué en atteignant 1 200 euros.

Daniel Maghen n’a pas fait dans la demi-mesure en mettant en vente 221 originaux de grands noms du 9e art, le 29 novembre dernier. Plusieurs œuvres d’André Juillard, Will et Ralph Meyer, notamment, sont passées sous le marteau. De Meyer, une planche du premier tome d’Untertaker est partie pour 81 762 euros. Mais la pièce maîtresse de la journée fut assurément la couverture du tome 4 de Blueberry, Le Cavalier perdu (1968), signée Jean Giraud : 151 560 euros !

Du côté d’Huberty & Breyne, à Bruxelles, les collectionneurs avaient aussi l’embarras du choix, avec deux ventes, le 14 juin et le 11 décembre. Giraud, encore lui décidément, s’est distingué lors de la première date, avec la couverture de l’édition allemande de L’Aigle solitaire (46 000 euros). Mais Jijé a fait encore mieux : un bédéphile a acquis la couverture du Ranch de la malchance, une aventure de Jerry Spring, pour 48 000 euros. C’est cependant Gotlib qui a pulvérisé les scores : la couverture du tome 5 de Rubrique-à-brac s’est envolée à 91 000 euros !

L’auteur de Rhââ Lovely a tiré son épingle du jeu également lors de la seconde vente. Par exemple, les 12 planches composant le récit « Le joli matin tout plein de lumière » (1972) ont trouvé un amateur pour 32 000 euros. Autres surprises ce jour-là : la planche 32 de Michel VaillantLe Cirque infernal (1968), de Jean Graton, qui a atteint 31 500 euros ; et surtout la couverture du premier tome d’Aldebaran de Leo (1994, accompagnée de sa mise en couleurs), adjugée pour la somme de 35 000 euros, soit sept fois son estimation moyenne.

Terminons avec la vente Aguttes du 19 novembre à Neuilly-sur-Seine, limitée à six lots seulement, dont deux morceaux de choix. Une demi-planche d’Astérix (Rentrée gauloise, 1966) est partie pour 73 297 euros. En revanche, le prix de réserve de la planche 7 de Tintin, Au pays de l’or noir (1950) n’a pas été atteint. Mais, coup de théâtre, après négociations et au terme des deux semaines qui ont suivi, celle-ci a finalement trouvé preneur contre son estimation basse, 300 000 euros.

Au revoir 2025, bonjour 2026 !

Patrice GUERIN

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