Astérix : retour sur la zizanie chez les Uderzo
Nous avions évoqué dans un récent article la mise en vente par l’étude Millon, ce 10 décembre, du dessin original de la couverture d’Astérix et Cléopâtre. Mais la famille d’Uderzo considère que cette œuvre a été acquise dans des conditions douteuses. Soutenue par sa mère Ada, Sylvie, la fille du dessinateur disparu, a déposé plainte pour recel d’abus de confiance ou de vol auprès du parquet de Bruxelles.
Dans un article paru dans Le Figaro des 2 et 3 décembre derniers, la journaliste Béatrice de Rochebouët rappelle que Sylvie et son mari Bernard de Choisy sont « connus pour s’être déchirés avec Albert Uderzo autour de la fortune générée par le héros gaulois ».
L’affaire est digne de la série Dallas. En 1990, Uderzo recrute Bernard de Choisy, à la demande de sa fille, alors directrice de la communication des éditions Albert-René. Mais le gendre commence à occuper trop de place. L’auteur des albums d’Astérix, méfiant, le rebaptise Iznogoud. En 1997, il choisit de l’écarter, sur conseil de son avocat. Deux ans passent et de Choisy fait son retour comme consultant extérieur : Uderzo a cédé aux insistances de sa fille. Mais après huit ans de collaboration, Bernard de Choisy manque à ses engagements pendant la promotion de l’album Le ciel lui tombe sur la tête (qui est mal accueilli par les critiques). Albert Uderzo lui reproche notamment d’avoir gonflé les notes de frais. En 2007, le beau-fils est donc à nouveau remercié. Six mois plus tard, le bédéiste décide de se passer également de sa fille, qui occupait le fauteuil de directrice générale des éditions Albert-René depuis 1992. Il a désormais les mains libres pour vendre ses parts à la société Hachette Livre. En janvier 2009, Sylvie Uderzo publie une tribune dans Le Monde : « Aujourd’hui, j’entre en résistance », déclare-t-elle. « Pourquoi ? Parce qu’Astérix est mon frère de papier. » Elle attaque la société de son père aux prud’hommes pour licenciement abusif, et obtient gain de cause.
« Violences psychologiques » et « enfumage »
Astérix refait parler de lui dans la rubrique justice en février 2011 : Sylvie Uderzo dépose plainte contre X, estimant que son père est victime d’abus de faiblesse. Elle dit craindre une affaire Banier-Bettencourt bis. Cependant, fin 2013, le tribunal de Nanterre rend une ordonnance de non-lieu : le dessinateur d’Astérix est déclaré « lucide » et en « pleine capacité de prendre des décisions ». Dans la foulée, Albert Uderzo attaque à son tour sa fille et Bernard de Choisy en justice pour « violences psychologiques ». Au micro d’Europe 1, Sylvie se montre choquée par cette action, un « enfumage » selon elle : « Cette plainte n’est pas de sa propre initiative. S’il voulait me dire les choses, il me les dirait en face. » Elle reste persuadée que bien qu’ayant toute sa tête, son père, qui a alors 86 ans, est « manipulable par des hommes en costume-cravate ». Albert et sa femme Ada, quant à eux, pensent que Sylvie agit sous la pression de son mari. De Choisy livre sa version des faits dans La Loi des seigneurs, L’affaire Uderzo, qui paraît en avril 2014 aux éditions Michalon.
Le procès est fixé au 6 janvier 2015. Mais un revirement se produit le 26 septembre 2014 : Sylvie et Albert Uderzo font savoir qu’ils se sont réconciliés au cours de l’été. Le papa d’Astérix retrouve avec joie ses deux petits-fils.
La mise aux enchères du dessin de couverture d’Astérix et Cléopâtre, dont l’estimation s’élève à 400 à 500 000 euros, va-t-elle être maintenue ce 10 décembre ? Pour le moment, le lot n’a pas été retiré du catalogue sur le site de la maison Millon. « L’objectif c’est à court terme d’empêcher la vente », a déclaré Me Orly Rezlan, avocate de Sylvie Uderzo, à l’AFP, « en tout cas d’avoir le temps de faire le plus de lumière possible sur les circonstances de la détention de cette planche et peut-être même de la récupérer à terme. »
Patrice GUERIN




